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son ultime album, les femmes de sa vie…


L’artiste tire aujourd’hui le rideau du music-hall avec “Aimer”, un disque autobiographique, humaniste et anticonformiste, dédié en grande partie à son épouse Luana Santonino-Lama.

Le parcours de Serge Lama donne le vertige avec son cortège d’albums étoilés et de drames. À 22 ans, le tout jeune chanteur qui assure la première partie de Marcel Amont est broyé par un accident de voiture qui cause la mort de sa compagne Liliane Benelli, la pianiste de Barbara qui écrira en hommage Une petite cantate.

Sa marche en avant vers le succès s’est faite ensuite par étapes jusqu’à l’album Je suis malade, celui de sa résurrection musicale. Dans son dernier opus, il chante Aime-moi, avec son épouse Luana Santonino-Lama.

Aimer est votre ultime album. Cela vous rend-il mélancolique ?

La mélancolie, je l’ai eue avant la sortie d’Aimer, quand j’ai pris la décision de jeter l’éponge ; je n’allais pas attendre que mon corps s’effrite. Mon seul regret est de ne plus me produire au palais des Congrès, la salle qui m’a fait et où je me suis installé en tout huit mois et demi de ma vie. Mais quand je vois mon état de délabrement après une émission en direct…

Vous écrivez tous les jours. Comment renaît l’inspiration : des chansons, des textes, un poème pour Luana… ?

Il faut trouver la première phrase, les autres suivent. Écrire est inné chez moi, ou presque. J’écris des chansons depuis mes 11 ans et demi. À l’époque, les artistes publiaient 10 à 12 morceaux par an, et je me suis attelé à cette tâche. J’ai tellement écrit dans mon existence, tellement imaginé de concepts différents ! J’offre effectivement chaque jour un poème à Luana depuis une dizaine d’années. Tout le monde ne sait pas écrire un poème d’amour, mais on peut tous avoir une pensée pour l’être aimé.

Vous êtes-vous déjà brûlé en prenant la plume ?

Je suis malade est une chanson qui me brûlait même si elle s’est créée dans une simplicité incroyable. Je l’adressais à une femme qui n’avait pas tenu une promesse faite en 1969 : elle avait un enfant, elle a été obligée de partir… Finalement, les choses se sont arrangées, on s’est épousé deux ans plus tard. Les paroles évoquaient cette absence, cette solitude, ce désespoir en moi. Finalement, la souffrance m’a fait écrire ma plus belle chanson. Dire que ma maison de disques ne voulait pas que j’appelle l’album Je suis malade. J’ai dû me fâcher pour l’imposer alors que je ne me fâchais jamais. Pendant deux ans, mes trente-trois tours se sont écoulés à 7 ou 8 millions d’exemplaires.

Les femmes sont au cœur de votre répertoire, et d’abord les vôtres…

Sauf la première. Michèle, oui. Luana, bien sûr, puisque la moitié d’Aimer lui est consacrée, dont C’est pourquoi je te dis adieu, écrite avec une sincérité totale pour qu’elle puisse la réécouter, qu’elle l’ait toujours en elle.

Sans toi et Toute blanche sont adressées à Liliane…

Tout à fait… et bien d’autres, surgies pendant longtemps de mon subconscient. Qu’est-ce que D’aventures en aventures, sinon une chanson pour Liliane ? Je n’avais pas à l’époque une vie sentimentale de folie. Chaque chanson a sa propre histoire. Certaines viennent du vagabondage de la plume, d’autres de vagabondages habités.

Maman Chauvier, consacrée à votre mère, a-t-elle été difficile à écrire ?

Je me suis posé la question de la publier. Je savais que j’allais encore choquer. La façon de parler de ma mère n’était pas celle des autres chanteurs, écrivains ou poètes, qui font des odes, des poèmes, des livres dédiés à leur maman. Moi, c’est tout le contraire : si j’écrivais un livre sur elle, ce serait effrayant. Je lui en veux tellement.

Que lui reprochez-vous ?

Ma mère avait l’ambition, à travers mon père qui était une star à Bordeaux, de rejoindre une petite bourgeoisie. Elle pensait qu’il ferait d’elle une princesse et l’histoire s’est terminée dans un tout petit réduit à Paris, où elle faisait la lessive. Tous les soirs, je l’entendais travailler mon père : « Georges, il faut que tu arrêtes ce métier [chanteur d’opérette, NDLR], on ne peut pas continuer ainsi. » Il aurait pu très bien gagner sa vie en réalisant des tournées, mais elle était trop jalouse.
J’avais 7 ou 8 ans, j’entendais tout. C’est terrible, une oreille de gamin. À partir de ce moment-là, j’ai décidé de faire le métier que papa ne ferait pas. En 1954, je suis allé voir Gilbert Bécaud à l’Olympia, j’ai regardé le fronton avec des yeux plus grands que mon âme et j’ai juré que je m’y produirais un jour.

Où vous placez-vous sur la grande photo de famille de la chanson ?

Derrière la génération qui m’a précédé : Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Georges Brassens et Jacques Brel. Sur mon rang, il y aurait Michel Sardou, Johnny, Julien Clerc, avec lesquels on se battait pour les premières places dans les années 1970, même si Johnny était une star depuis longtemps.

Et derrière vous, quel héritier ?

Florent Pagny pourrait l’être, c’est un chanteur à voix, mais hyper moderne. La mienne a toujours été hors de mon temps, un handicap. Elle est aujourd’hui ma force.

Avez-vous la nostalgie de vos 20 ans ?

Pas du tout. Je n’étais pas heureux alors, je me demande si les centaines de concerts que j’ai donnés dans les années 1970 n’étaient pas une fuite permanente. J’allais retrouver le public, des gens qui m’aimaient.

Ce malheur était-il lié à la perte de Liliane ?

Vous avez raison. Au début de ma vie de jeune homme, j’ai perdu la femme que j’aimais, je pensais que tout était fini. Mon entourage avait attendu trois mois pour m’annoncer sa mort, le temps que je sois hors de danger, et, quand je l’ai appris, j’ai hurlé toute la nuit dans ma chambre de l’hôpital Cochin, à Paris. Je me suis remis de l’accident, je suis tombé amoureux de Michèle, mais je ne me rendais pas compte alors que Liliane était ancrée en moi : il y avait deux femmes dans ma vie.

La grande famille de la chanson s’est unie pour vous aider à vous relever…

Une solidarité incroyable s’est manifestée autour de moi, alors que je n’étais personne. Barbara, Brassens, Macias, Régine, Perret, Distel, Amont… ont donné à l’Olympia un gala rien que pour moi. La recette m’a été versée, j’ai pu m’en sortir et me remettre à chanter. C’est Marcel Amont qui a sauvé ma voix en criant au chirurgien qui voulait me faire une trachéotomie : « Il est chanteur ! »

Où avez-vous trouvé la force de monter sur scène alors que vous veniez de perdre vos parents dans un accident ?

Je jouais alors Napoléon au théâtre Marigny et je me suis mis sur pilote automatique, je chantais… la tête ailleurs. C’est terrible de perdre ses parents, mais on va dire que c’est dans l’ordre des choses. Michel Serrault, lui, a joué La Cage aux folles, alors qu’il venait de perdre sa fille, c’est une autre affaire.

Qui pourrait jouer dans le film de votre vie ?

J’aurais répondu Gérard Depardieu il y a quelques années, mais il s’approche de mon âge, il ne pourrait plus m’incarner à 30 ans. Ce qui nous réunit, le personnage Depardieu et moi, c’est le côté insoumis. Je le suis et tiens à le rester. J’ai toujours été rétif à tout commandement.

Parmi tous les honneurs que vous avez reçus, quel est celui qui vous a le plus ému ?

L’hommage que l’opéra de Bordeaux a rendu à mon père à travers moi, en m’autorisant à donner un gala dans ce lieu où aucun chanteur de variétés ne s’était jamais produit. Quelle revanche pour lui ! Mon père avait obtenu le 1er prix du conservatoire de Bordeaux, ce qui lui offrait une entrée automatique au théâtre de Bordeaux, mais cela ne s’est pas fait, je n’ai jamais su pourquoi. Lorsque j’ai regagné ma loge après le concert, on avait inscrit son nom sur la porte de ma loge : Georges Chauvier.

Retrait, pas retraite !

Les projets s’accumulent pour Serge Lama : « En dehors de l’autobiographie que l’on me demande, j’ai d’autres idées à réaliser. Cinq ans de travail au minimum m’attendent. » Dans son album Aimer figure une chanson intitulée Le Retraité. Ce n’est pas Lama.

« Je me suis inspiré d’un monsieur de mon quartier qui ressemblait à un comédien, il cherchait de la nourriture dans une poubelle. J’ai transposé ce vieil homme dans une banlieue pauvre. Il ne voit plus ses enfants, il n’a plus envie de lire ; ses livres sont écornés, peut-être les a-t-il beaucoup lus et peut-être aussi que les livres ne donnent pas la solution pour finir sa vie. »

Les grandes dates de la vie de Serge Lama

1943 : Naissance le 11 février à Bordeaux.
1964 : Est engagé à L’Écluse, un cabaret parisien où se produit Barbara.
1973 : Son album Je suis malade est disque d’or.
2004 : Entame Accordéonissi-mots, une tournée de trois ans seul en scène avec l’accordéoniste Sergio Tomassi.

Aimer de Serge Lama, Parlophone, 17,99 euros.

Pleine Vie – n° 0439





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