L’histoire du rhum et ses connexions avec le jazz : un cocktail détonnant


Bien que l’histoire du rhum soit âgée de plus de 4 siècles, alors que le jazz n’est apparu qu’au début du XX° siècle, les deux sont intimement liés à la traite des noirs entre les XVII° et XIX° siècle aux États-Unis. La boisson mythique autant que le jazz ont une histoire qui raconte les douleurs et les souffrances du peuple africain déraciné de leur continent natal pour être vendu en tant qu’esclaves dans les plantations des Caraïbes et plus généralement d’Amérique. Rhum et jazz sont devenus aujourd’hui indissociables.

L’histoire du rhum dans les Caraïbes

Le rhum est lié à la première mondialisation grâce à la commercialisation de sucre issu de la canne à sucre.

A Cuba en 1493, où Christophe Colomb place la première colonie européenne outre-Atlantique pour la culture du sucre, les agriculteurs comprennent qu’en distillant les déchets de la production du sucre, ils obtiennent un spiritueux dont le premier nom fut ‘Kill Devil’ (littéralement ‘Tue Diable’). C’est ainsi que les colons installés dans les îles des Caraïbes ont été les premiers à produire le rhum.

Le rhum était né, sans être encore nommé. Cette boisson était à l’époque très bon marché, sa production utilisait les déchets de la fabrication du sucre. Les colons les moins aisés étaient ses premiers consommateurs, et également les premiers à le produire, car rapidement la production de rhum, de plus en plus convoitée, s’est combinée à la production du sucre et une main d’œuvre importante et spécifique à sa production était devenue nécessaire. Pour accélérer la production, les agriculteurs et les politiques décidèrent de faire venir en masse des esclaves d’Afrique pour développer la culture de la canne à sucre et la fabrication du rhum.

Ce n’est qu’au 17e siècle, en 1642 à la Barbade que cet alcool fut nommé Rhum.

Ceci pouvant peut-être expliquer cela, pendant des siècles et jusqu’à récemment le rhum a toujours été associé à cette culture afro-américaine et aux années sombres de la condition des noirs. Les consommateurs blancs et sûrement les politiques ont longtemps boudé le rhum, certainement longtemps pour des raisons raciales et de stratégie économique, au profit du whisky (et du bourbon) devenu la boisson prisée des Américains, jusqu’à aujourd’hui. Pour autant, le rhum n’a pas dit son dernier mot et se place aujourd’hui au 2nd rang mondial des spiritueux les plus appréciés et les plus consommés. Et le passé devient l’Histoire, les sociétés avancent et les préjugés sautent, ainsi la dernière décennie n’a pas démenti cet engouement mondial pour cette boisson mythique à plus d’un titre et rien ne nous dit que le rhum ne prendra pas la pole position d’ici à quelques années.

L’histoire du Jazz

Le jazz est issu de trois courants musicaux que sont le blues, le negro spiritual et le ragtime. Il se développe au début des années 1900 et devient une source d’inspiration pour de nombreux musiciens de l’époque. Le jazz a également été influencé par le gospel et plusieurs autres genres musicaux qui avaient gagné en popularité parmi les communautés afro-américaines avant le XXe siècle. L’histoire du rhum et du jazz reste donc étroitement liée et retracent l’épopée de l’arrivée des esclaves noirs en Amérique.

Le jazz est définitivement le fruit de la culture du peuple noir américain et des musiques venues d’Europe importée par les colons français, espagnols, allemands ou encore irlandais.

L’histoire du rhum s’est rapidement associée à celle du jazz, et c’est ainsi que de New York à la nouvelle Orléans en passant par Chicago les clubs de jazz n’ont jamais dissocié le rhum de la musique qu’ils proposaient. On pourrait dire que le jazz a joué un rôle clé dans la diffusion des rhums dans le monde entier, et inversement, le rhum a été le porteur des ambiances jazzy de l’époque à nos jours.

Comment le rhum et le jazz se sont-ils associés ?

Le jazz est un genre musical né de l’interaction entre les rythmes musicaux africains et l’influence musicale européenne du début du 20e siècle. À cette époque, la Nouvelle-Orléans était l’un des principaux centres d’échanges, de commerce et de musique des États-Unis. La ville abritait de nombreuses personnes d’origine africaine et une importante communauté caribéenne, avec laquelle les créoles locaux partageaient leurs traditions musicales. À la même époque, le rhum est devenu une boisson populaire et une marque de fabrique pour les marins qui fréquentaient les ports.

Le lien entre les deux est apparu lorsque des musiciens itinérants de la Nouvelle-Orléans, tels que Buddy Bolden, ont commencé à jouer dans les bars et les bicoques des Caraïbes. Ces musiciens achetaient et consommaient d’importantes quantités de rhum, qu’ils versaient même dans leurs saxophones pour les nettoyer. Ces saxophones acquièrent de nouvelles tonalités qui sera donnaient naissance à l’expression de « son du jazz ».

Pourquoi le rhum est-il si important pour les marins ?

Le premier lot de rhums a été produit dans les Caraïbes et a été exporté en fûts vers l’Europe dès le 17e siècle. Ces tonneaux étaient utilisés pour stocker l’eau et les vivres à bord des navires. Un mythe courant concernant l’importance du rhum pour les marins est qu’il était utilisé pour traiter le scorbut à bord.

Pendant des siècles, de nombreux marins ont souffert du scorbut, une maladie causée par un manque de vitamine C. Cette vitamine est nécessaire pour réguler la formation de collagène dans le corps humain, une substance essentielle pour réparer les blessures et prévenir les infections.

Le scorbut était l’une des maladies les plus courantes sur les navires. La canne à sucre, culture tropicale, est l’une des principales sources de vitamine C. Le rhum était donc une boisson idéale pour prévenir le scorbut. En outre, le rhum était consommé en grande quantité parce qu’il était très bon marché, il permettait aussi de tenir les dures cadences à bord des navires et -cerise sur le gâteau- il était facilement accessible grâce aux tonneaux du navire…

Le rhum a aussi contribué au développement d’autres genres musicaux

Le lien entre le rhum et le développement d’autres styles musicaux n’est pas une coïncidence. Il est le reflet des préférences musicales de nombreux Antillais de l’époque. Le ragtime, le blues, le jazz et même le jump blues étaient joués dans les bars et le rhum était la boisson de prédilection. Ceux qui fréquentaient les bars étaient souvent des musiciens.

L’industrie du rhum offrait une excellente opportunité pour la commercialisation des marques. La production de ces marques de rhum était fortement influencée par les goûts musicaux locaux.

L’essor du jazz et l’ère de la prohibition

L’ »âge d’or » du jazz a commencé à la fin des années 1920 et a duré jusqu’à la Grande Dépression. Cette période est aujourd’hui considérée comme l’apogée de la popularité de ce genre musical. À cette époque, New York était la capitale du jazz. Le jazz était joué dans de nombreux clubs de la ville et sa popularité était constante. Alors que la prohibition commençait aux États-Unis. La consommation et la vente de boissons alcoolisées devenaient interdites.

Le jazz en revanche n’a jamais faibli et les clubs de jazz sont restés ouverts, et souvent sous le manteau la consommation de rhum et d’autres boissons alcoolisées allait bon train. Le jazz est devenu la preuve « musicale » de la consommation illégale d’alcool. Ce n’est qu’en 1933 lorsque la prohibition fut levée, que les productions et les marques ont pu prendre leur essor.

L’ère de la prohibition a pris fin en 1933, mais la popularité du jazz a continué à augmenter. La Grande Dépression qui a suivi la fin de la prohibition a été une période de déclin économique et social aux États-Unis. Le jazz était un genre musical qui illustrait le déclin de l’époque et les difficultés de la société. Le jazz est également devenu une source d’inspiration pour de nombreux musiciens et compositeurs de l’époque. La Grande Dépression a également vu naître de nombreux styles musicaux qui se caractérisaient par un rythme soutenu et des paroles faisant souvent référence aux difficultés et à la pauvreté. Ces styles musicaux originaires du Jazz étaient joués dans les bars, ils étaient également associés à l’alcool.

L’influence du jazz sur le rhum

La popularité croissante du jazz a été bénéfique à la production et commercialisation du rhum. Cependant, l’influence du jazz sur l’industrie du rhum ne s’est pas limitée au marketing. De nombreuses entreprises ont commencé à produire des rhums inspirés par la popularité du jazz. Par exemple, Bacardi l’un des plus grands producteurs de la filière rhum, a commencé à produire une marque de rhum appelée « Ron Bacardi », qui s’inspirait de la rumba. Bien qu’il s’agisse de stratégies de marketing, elles ont également contribué au développement de genres musicaux. La popularité de la rumba et de nombreux autres genres musicaux ont été influencés par les stratégies marketing de l’industrie du rhum.

L’histoire du rhum et son lien avec le jazz restent donc fascinants. Les rhums continuent à ce jour à être fortement identifiés avec la région des Caraïbes qui en tire profit pour développer son économie grâce à l’exportation de cette boisson mythique dans le monde entier.  La popularité du jazz et la consommation de rhum à cette époque ont été bénéfiques pour la promotion de l’industrie du rhum et la production de rhums inspirés du jazz et des différents courants musicaux de l’époque.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Mr Patrick Loger, Président Fondateur du Sommet International du Rhum (prochaine édition du SIR: Mai 2023 en Guadeloupe).

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