Les compétences en mouvement au Canada – Compétences et travail


Par Katharine Mullock.

Blogue39.0La les récents incendies à Fort McMurray au Canada ont attiré l’attention internationale à cette ville pétrolière prospère. Les résidents de Fort McMurray ont été forcés d’évacuer leurs maisons cette semaine, après que beaucoup ont déménagé de partout au Canada pour profiter des salaires élevés et de la forte demande d’emploi dans une ville connue plus pour son industrie que pour son charme. La migration interne vers Fort McMurray est un excellent exemple de la façon dont les individus réagissent aux incitations économiques et à l’évolution des demandes de compétences en se déplaçant d’une région à une autre. Parallèlement à la formation et à la mobilité professionnelle, le mouvement des personnes d’un endroit à l’autre est un moyen important par lequel le marché du travail s’adapte à l’évolution des demandes de compétences. Dans la mesure où les individus se déplacent vers des endroits où leurs compétences sont plus rentables, une main-d’œuvre mobile aide à affecter les compétences là où elles sont le plus nécessaires dans un pays.

Chaque fois que des pénuries dans une compétence particulière (par exemple le forage) apparaissent dans une partie du pays conjointement avec des excédents pour la même compétence dans une autre partie du pays, cela reflète probablement des obstacles à la mobilité géographique interne de la main-d’œuvre. Certains de ces obstacles peuvent être liés à des arrangements institutionnels inefficaces, limitant la mobilité. D’autres ne le sont pas. Les coûts liés au déménagement sont pris en compte dans la décision d’un individu de déménager pour travailler. Ces coûts comprennent tout, du billet d’avion au transport des articles ménagers, en passant par la recherche d’un nouveau service de garde d’enfants, d’un médecin, d’un dentiste et d’un gymnase. Déménager peut également signifier dans certains cas fonctionner dans sa deuxième langue ou devoir apprendre une nouvelle langue, ce qui entraîne des coûts d’efficacité. Les préférences personnelles peuvent également présenter des obstacles au déménagement – on peut préférer l’ancien lieu au nouveau, ou ne pas aimer l’idée d’être déconnecté des réseaux personnels et professionnels. D’autres obstacles au déplacement pour le travail sont plutôt liés aux politiques et réglementations spécifiques en place dans la région d’origine ou de destination. Parmi ceux-ci, la perte des droits à pension, la réduction des prestations sociales, le manque de reconnaissance des diplômes, la mauvaise communication des opportunités sur le marché du travail dans d’autres régions et les frictions sur le marché du logement sont parmi les plus importantes.

Les Canadiens sont souvent perçus comme étant moins mobiles que leurs voisins du sud, d’après les comparaisons entre le taux de migration interprovinciale du Canada et le taux de migration interétatique des États-Unis (voir par exemple Molloy, Smith, Wozniak2011 et Perspectives de l’emploi de l’OCDE2005). Selon les données du recensement national, en 2011, environ 1,6 % des Américains ont déménagé entre les États, tandis que seulement 0,7 % des Canadiens ont déménagé entre les provinces. Mais comparer les mouvements entre les États américains avec les mouvements entre les provinces canadiennes n’est pas tout à fait exact, car une province canadienne est en moyenne quatre fois plus grande qu’un État américain. Dans leur 2014 « Rapport sur l’emploi : L’état du marché du travail canadien » des fonctionnaires du ministère des Finances du Canada ont effectué une comparaison de la mobilité interne entre le Canada et les États-Unis en utilisant des unités géographiques plus proches les unes des autres en termes de taille et de densité de population, soit les comtés américains et les subdivisions de recensement canadiennes. La prise en compte de ces flux de main-d’œuvre à l’intérieur des provinces/États révèle que les Canadiens et les Américains sont également mobiles, environ 4 % de l’une ou l’autre population se déplaçant à l’intérieur des États/provinces chaque année.

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En plus de ceux qui changent de résidence permanente pour des raisons liées au travail, beaucoup plus de Canadiens font la navette pour aller travailler dans une province différente de celle de leur résidence permanente. En raison de cette mobilité interne relativement élevée, les disparités dans les taux d’emploi et les niveaux de revenu entre les provinces diminuent régulièrement depuis les années 1970 (Étude économique de l’OCDE sur le Canada 2014), suggérant peut-être que la main-d’œuvre et les compétences sont affectées là où elles sont le plus nécessaires. En effet, des données antérieures confirment qu’une plus grande mobilité géographique conduit à une meilleure adéquation des compétences. UN prochain document de l’Union européenne montre que les compétences des personnes qui déménagent dans une autre région ou un autre pays pour travailler sont moins susceptibles d’être sous-utilisées dans leur nouvel emploi. Les résultats des Pays-Bas montrent également que les diplômés mobiles sont plus susceptibles de trouver des emplois correspondant à leurs niveaux de compétence (Hensen, De Vries et Cörvers2008).

Bien que la mobilité interne de la main-d’œuvre puisse s’accompagner d’avantages sociaux comme une plus grande intégration culturelle, elle peut également s’accompagner de coûts sociaux comme la détérioration de la communauté et les tensions sociales (voir Bonin et al. (2008) pour une discussion sur le niveau optimal de mobilité géographique de la main-d’œuvre, qui identifie les externalités sociales et économiques de la mobilité de la main-d’œuvre). Les conditions économiques dans la région d’origine peuvent se détériorer avec le départ des travailleurs jeunes et hautement qualifiés. Même dans ce cas, la réduction des obstacles à la mobilité de la main-d’œuvre induits par les politiques reste un objectif politique valable, car elle permet une meilleure adéquation entre la demande et l’offre de compétences, ce qui offre des avantages économiques aux individus, aux entreprises et aux économies dans leur ensemble. Plusieurs rapports de l’OCDE recommandent des mesures politiques pour réduire les obstacles à la mobilité géographique de la main-d’œuvre dans les pays où les disparités régionales sont prononcées, notamment en rendant la politique du logement moins restrictive, en veillant à ce que les prestations sociales n’entravent pas la mobilité, en améliorant la reconnaissance et l’harmonisation des titres de compétences entre les juridictions, en améliorant la portabilité des pensions et fournir une aide financière aux déménageurs, en particulier aux chômeurs (Empêcher le chômage et le sous-emploi de devenir structurels2014 et Perspectives de l’emploi de l’OCDE2005).

Mais la mobilité interne de la main-d’œuvre ne suffit pas à elle seule à répondre à l’évolution des demandes de compétences. Si l’offre nationale de compétences n’est pas suffisante pour répondre à la demande globale de compétences, des pénuries risquent de se produire et la mobilité interne de la main-d’œuvre ne pourra pas combler ces lacunes. L’OCDE vient de publier « Acquérir les bonnes compétences » Le rapport traite d’un certain nombre de pratiques exemplaires pour répondre à l’évolution des demandes de compétences. En particulier, les exercices d’évaluation et d’anticipation des compétences peuvent être utilisés par les gouvernements et les parties prenantes pour éclairer une politique d’éducation et de travail réactive, ainsi que l’élaboration d’une politique d’immigration qui donne la priorité aux candidats possédant les compétences recherchées.

Il est certain que pour les résidents de Fort McMurray, de faibles obstacles à la mobilité interne de la main-d’œuvre améliorent leurs chances de s’adapter à des chocs comme celui auquel ils sont actuellement confrontés. L’activité économique à Fort McMurray avait ralenti même avant les incendies, en raison de la baisse des prix du pétrole. Avec un cinquième des maisons détruites, l’activité devrait encore ralentir car les usines fonctionnent avec moins d’employés. Au cours des prochaines semaines, alors que les résidents sont autorisés à retourner chez eux pour évaluer les dommages, ils devront décider de rester à Fort McMurray ou de reprendre leurs compétences en déplacement à la recherche de meilleures opportunités économiques.



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