Credit Suisse dédommagera pour 22,6 millions de dollars des investisseurs escroqués dans l’affaire des « tuna Bonds »


Publié le 24juil. 2022 à 14:39

C’est la fin d’une affaire juridique qui poursuit le Crédit Suisse depuis près de 10 ans. La banque helvétique a accepté, cette semaine, de dédommager des investisseurs qui avaient été escroqués via des financements litigieux accordés à des entreprises publiques au Mozambique. Un terrain d’entente a été trouvé avec le juge de district américain William Kuntz à New York.

Cet accord fait suite à un plaider coupable, fin 2021, de la part de Crédit Suisse devant la justice américaine et britannique. L’établissement bancaire s’était engagé à régler aux deux États environ 475 millions de dollars pour que cessent les poursuites. De son côté, l’Autorité suisse des marchés (Finma) avait clos son enquête, mais imposée à la banque des conditions plus strictes sur ses activités de crédit avec des pays financièrement fragiles.

Affaire sulfureuse

La sulfureuse affaire des « tuna bonds » date de 2013. A l’époque,le gouvernement de Maputo veut reconquérir le marché de la pêche au thon au large de ses côtes , entre le continent africain et Madagascar, une activité dominée par les acteurs étrangers. Une société privée, baptisée « Ematum », est créée dans ce but. Ematum lève un financement de 850 millions de dollars auprès de deux banques, Credit Suisse et la russe VTB qui « découpent » leurs créances en plusieurs parties, placées auprès d’investisseurs obligés. Avec succès. A l’époque, la dette venue d’Afrique subsaharienne commence à aiguiser l’appétit des investisseurs. En outre, le rendement offert, 8,5 %, est alléchant, d’autant que les titres bénéficient de la garantie du gouvernement. De grands investisseurs, parmi lesquels AllianceBernstein, Danske Bank, Franklin Templeton Investments, ING ou Aberdeen AM souscrivent à l’opération.

Mais, très vite, une grande partie de ces fonds s’avère destinée à financer non pas des bateaux de pêche, mais des patrouilleurs militaires. De plus, ces prêts servent à payer la défense du pays. Sous la pression du FMI et des bailleurs de fonds internationaux, le Mozambique doit réintégrer dans son bilan une partie de la dette d’Ematum correspondant aux navires militaires. Le FMI suspend son aide au pays africain ; le Mozambique plonge dans une crise financière sans précédent et tombe en défaut de paiement.

la corruption

Certains officiels du pays, dont le ministre des Finances de l’époque, ainsi que des banquiers de Credit Suisse, sont accusés de corruption et d’avoir touché des pots-de-vin pour permettre l’octroi de ces crédits à l’insu du parlement mozambicain et du Fonds monétaire international (FMI).

En mettant un terme à ces poursuites, Thomas Gottstein, DG de Crédit Suisse depuis qu’il a succédé à Tidjane Thiam, démissionnaire, en 2020, règle des problèmes engendrés du passé . À force de scandales rétentifs (Greensill, Archegos, financement des oligarques), la deuxième banque helvétique est devenue la risée de la place financière européenne. La banque veut désormais comme elle l’indique dans un communiqué publié vendredi « se concentrer sur l’exécution de son plan stratégique pour les clients, les collègues et les investisseurs ».



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